Lisons Cocoaians - Gauz’
- Margherita Savo
- 16 mars
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 19 heures
Au fil des pages nous sommes invités à parler de l’histoire du monde du cacao et à réinventer la relation entre les pays qui produisent et ceux qui consomment : le rôle qui a cette communication est décrit comme une force puissante, mais surtout vivante.
«(…) L’appel/réponse est la première expression de communication. Il marque la différence entre les humains et l’écho, il marque la présence de la vie.(…) »
Cocoaians, les habitant du pays du cacao
Entre 1908 et 2031 il y en a des choses qui se sont passées et qui vont se passer en Côte d’Ivoire : dans cocoaians, Gauz’ nous propose une solution radicale et créative pour faire sortir les pays producteurs de cacao des inégalités avec nous, les occidentales qui produisons, consommons, vendons et définissons le prix du chocolat. Sa solution est astringente et au goût provocateur : ne laisser aucune fève de cacao sortir du pays, mais produire son propre chocolat et vendre que du produit fini. Comme ils font en Amérique Latine pour la cocaïne, le fait de ne pas vendre les simples feuilles à bas prix, leur permet de vendre un produit élaboré et cher aux acheteurs en costume. Le chocolat, drogue qui figure sur tous les menus du monde.
« (...)Le succès de ce pays repose sur un malentendu. Nous serions en train de parler d’autre chose si nous étions les premiers producteurs mondiaux de chocolat plutôt que de cacao. (...) »
L’objectification sexuelle
C’est important, dans ma vision d’un cacao plus féministe, de donner la place à des dialogues inclusifs : je souhaite voir plus de femmes gérer des plantations, mais cela ne veut pas dire que je veux voir plus d’hommes décrits comme « des majestueux bûches de bois » ou « des puissants germes ». Pardon ? Le soi-disant Djaty, chef de la tribu Nékédi, récit un discours sur les arbres de cacao en faisant un parallèle entre la beauté de ses fruits, les cabosses, et celle des fruits des femmes, les seins. Il dit que les plantes ne choisissent pas qui va cueillir leurs fruits, alors que les femmes, elles, choisissent toujours. Mettons de côté le principe du discours que, je crois, voulais juste être un peu poétique et mystique, et prenons un petit moment pour respirer qu’on aimerait énormément que cela soit tout le temps respecté. Le consentement, je veux dire. La réalité malheureusement est que ceci n’est pas toujours le cas, et nier les violences faites aux femmes est une grave conséquence d’une société qui en est envahie et qui est profondément patriarcale. Les femmes ne sont pas des arbres avec des fruits à cueillir, Mr Djaty. Et quant à Gauz’, merci pour m’avoir provoquée, cela me touche.
La politique de Willy Wonka
À plusieurs reprises on se sent concernés par ses histoires: que ça soit parce qu’on a mangé des Mars ou parce qu'on a voté Obama, ou encore parce qu’on a vu au cinéma Timothée Chalamet s’enrichir dans le personnage de Roal Dahl. La raison est que Gauz’ ne veut pas nous laisser seuls dans notre prise de conscience. Il arrive à lancer un combat en racontant une histoire à sa fille, en racontant une histoire entre frères, entres chefs. Il ne nous permet pas de nous décourager, car sa demande est claire: se réunir et viser haut. Quand je demande un cacao plus politique c’est parce que on est tous complices de colonisations, d’exploitations, d’exportations, de bourses, des violences physiques et économiques. Et comme on est complices, c’est à nous en premier de rééquilibrer l’histoire. Détruire les terres pour le bien-être des quelques-uns, obliger à planter que du cacao au lieu des produits de première nécessité pour la population locale aurait dû être été considéré comme un crime depuis toujours. Et ceci est juste un exemple, car Gauz’ a une prise de parole qui est très engagée, et à travers des images aussi sarcastiques et drôles, je trouve que ce livre est un must à lire, riche de réalités qui, hélas, dépassent trop souvent la fantaisie.
héritage génétique ou générationnel ?
Avoir un objectif dans la vie et puis réussir à le cocher c’est f-o-u parce que des fois on se sent petit et nos objectifs sont tout simplement trop grands. Depuis 5 ans je suis en contact avec des cacao people qui sont plus expérimentés que moi, qui ont monté des entreprises, qui ont des bagages culturels immenses: et je me sens comme si, moi, je n’arriverai jamais à les rattraper. Soudain à page 106 je me rends compte qu’il ne faut pas oublier la puissance des générations futures, et je m’aperçois que tout ce que je sais c’est grâce à eux, qui ont pris le temps de m’apprendre, de stimuler ma curiosité et aussi de faire des choses que moi je ne ferai jamais, mais dont j’aurai toujours une expérience grâce à leurs racontes. Et puis encore, je me dis que peut être je fais partie de leur génération future, et ce que je dois faire c’est que je dois continuer à m’échanger avec eux, parce qu’il y aura aussi une génération qui suivra la mienne, et que sans un écho vivant on risque de perdre tout le travail qui a été fait jusqu’à présent.
Alors parlons-en et laissons résonner cette montagne de changements: pour le cacao et pour les femmes, pour les agriculteurs et pour leurs terres.
Merci,
Have a colorful day
Margherita


